
Barmak Akram: « Lorsque l’Afghanistan bascula au printemps 1978, j’avais 12 ans. Avant de me laisser partir seul pour l’exil en France, alors que je contenais mes sanglots, mon père m’a donné un recueil de poésie soufie de Mawlana Rumi, écrit par le poète alors qu’il fuyait les invasions mongoles.
« Avec ça, tu emportes tout l’Afghanistan avec toi »,
m’a dit mon père.
J’avais aussi pris le Cantique des Oiseaux de Farid od-din ‘Attar que je préférais aux Mille et une nuits. Ces contes, l’une des seules traces de ce passé qui s’envolait avec moi, je les ai lus et relus, ils sont entrés en moi, m’ont guidé, et guident toujours mon rapport à mon père et, à travers lui, à ma terre d’origine. »
Accompagnement poétique, musical et graphique du prochain stage de danse derviche co-animé avec Isaris Junique Munier, à l’été 2026:
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« J’ai vu un homme qui pleurait devant une maison, assis sur le pas de porte. Je lui ai demandé pourquoi il pleurait. L’homme a dit qu’il avait perdu sa clé, et il se lamentait. Je lui ai dit… tu as bien de la chance d’avoir une porte devant laquelle pleurer. Tu vois, je n’ai pas de porte devant laquelle pleurer, pas de maison non plus. J’ai alors vu une toute petite lumière chers oiseaux ! » Farid od-din ‘Attar – Cantique des Oiseaux
Barmak Akram parle des dires de Shams de Tabriz le maître spirituel de Rûmî.
Depuis toujours, Barmak Akram déclame des poésies soufies, et en particulier celles de Rûmî. Lorsqu’il était enfant à Kaboul, son père diplomate aimait lui demander de réciter de longs versets du grand poète. Sa mémoire et son érudition, malgré son très jeune âge, était appréciée et attendrissaient les auditeurs cultivées.
سر من فدای راهش که سوار خواهی آمد
شاعر : ناصر خسرو دهلوی
مولانا آمد، مولانا آمد
مولانای من، مولانای من
شمس من تویی، تو خدای من
برمک اکرم
Une bonne nouvelle m’est parvenue cette nuit : mon être bien aimé va venir !
Que ma tête soit offerte sur son chemin : le voici qui arrive à cheval ! 🐎😍
Nâser Khosrow Dehlavi
J’ai prolongé ses verres avec un de mes poemes :
Mowlânâ est venu, Mowlânâ est venu !
Mowlânâ ! Le miens !
Mon Mowlânâ à moi !
Mon Shams, c’est toi !
Oh mon Dieu c’est toi !
Dans cette chanson, j’ai d’abord intégré un verres de Nâser Khosrow Dehlavi, ce poète lié à la tradition soufie de Delhi, qui dit en substance : « J’ai entendu dire que l’être bien-aimé va arriver. » C’est une annonce joyeuse, une sorte de bonne nouvelle mystique.
Et juste après, dans ma propre continuation du texte, je dis : « Mowlânâ est arrivé », comme si c’était la suite directe de cette annonce, l’apparition tant attendue. Mowlânâ, c’est Rûmî, et je dis : « Tu es mon Mowlânâ, tu es mon Shams, tu es mon Dieu », pour exprimer cette idée que Rûmî aimait Shams de Tabriz d’un amour si intense qu’il en faisait presque une incarnation du divin.
En somme, j’ai repris cette annonce poétique de l’arrivée de l’aimé et je l’ai prolongée en affirmant que pour Rûmî, la venue de Shams était comme la venue même de la présence divine. Voilà l’esprit savant de cette petite exégèse.
Accompagnement poétique de Barmak lors d’un stage de danse derviche (juillet 2025):
Je vous invite à un voyage mystique à travers la poésie de Maulana Rumi, dont les mots résonnent au-delà du temps et des frontières. Pour commencer cette conférence, je partagerai avec vous ce partage, je vous propose le début de son chef-d’œuvre Masnavi, d’abord en persan, puis dans une traduction, afin de vous faire ressentir la profondeur et la musicalité de ses vers. Écoutez ces mots :
« بشنو از نی چون حکایت میکند
از جداییها شکایت میکند »
« Écoute la flûte, elle raconte
les histoires de séparations, elle se plaint. »
Ces vers nous invitent à comprendre la douleur et la quête d’unité, cette recherche constante de sens au cœur même de l’existence. Rumi nous parle ici de la séparation, du manque, et de notre désir inextinguible de nous reconnecter avec ce qui nous est essentiel.
Nous explorerons aussi ces mots puissants :
« از کجا آمدهام آمدنم بهر چه بود
به کجا میروم آخر ننمایی وطنم »
« D’où suis-je venu ? Pourquoi suis-je venu ici ?
Où vais-je ? Mon vrai foyer m’est caché. »
Ils parlent de la quête sans fin de l’origine et de la destination, de l’âme qui cherche à se retrouver dans l’immensité de l’univers. Ces vers sont une invitation à nous interroger sur notre propre voyage intérieur, à découvrir ce qui nous relie à l’essence de l’être.
Nous parlerons également du Sema, cette danse soufie, fondée par les descendants de Rumi, qui symbolise le mouvement cyclique de l’âme en quête d’harmonie. Par cette danse, les pratiquants cherchent à se détacher de l’ego et à se reconnecter à l’essence universelle, à l’énergie qui traverse toute chose.
Venez écouter, ressentir et plonger dans cette quête infinie d’unité, à travers la poésie et le mouvement, pour découvrir ce qui nous lie à l’essence de l’être.
Accompagnement poétique et musical de Barmak Akram sur le film « Baba Yakhsoz » (novembre 2022):
Musique: Barmak Akram
Idée originale : Pascale Bastide et Patrick Pleutin
Réalisation : Studio animation de Kaboul et École Estienne
Direction artistique et Montage : Kelit Raynaud
Direction du studio d’animation de Kaboul : Nasir Hashimi
Production Afghanculturemuseum & Musée Guimet
Texte de Barmak Akram d’après le livre de Ria Hackin
« Légendes et coutumes Afghanes », Paris, 1953:

Baba Yakhsoz
Le dire en persan – il y avait quelqu’un, il n’y avait personne – l’histoire du Baba Yakhsoz !
C’était un vieux sage. Son aura illuminait le cœur de tous ceux qu’il croisait. Il possédait un grand bâton magique qui lui avait été transmis par son maître. Grâce aux pouvoirs extraordinaires de ce bâton, il pouvait soigner les malades et guérir la peau des grands brûlés !
Le peuple de Hérat lui vouait une grande admiration et le roi lui-même lui était dévoué, car le maître Yakhsoz pouvait d’un seul geste tranquilliser un éléphant enragé ou hypnotiser les serpents les plus dangereux !
A l’aube d’un matin, sans rien dire à personne, il prit le chemin à travers la montagne en direction du soleil levant.
L’hiver avait commencé et la traversée de l’Himalaya et ses neiges éternelles était presque impossible, sans parler des loups affamés et des panthères blanches des sommets de l’Altaï qui pouvaient surgir à tout instant.
D’ailleurs, ayant dépassé le col de la vallée de Tcheshtey Sharif, un loup affamé l’attaqua par surprise. Il brandit son bâton magique pour se défendre, hélas le bâton avait perdu son pouvoir. Il fut à deux doigts de se faire dévorer !
Ses disciples, partis à la recherche de leur maître, arrivés juste à temps, encerclèrent le loup pour le tuer. Mais maître Yakhsoz leur ordonna de le laisser partir et reprit sa route.
Les disciples très inquiets lui demandèrent les raisons de son départ, mais Baba Yakhsoz partit sans mot-dire.
L’un d’eux fit remarquer que son bâton avait perdu son pouvoir magique, le maitre est en danger !!
Il demanda à Baba “où allez-vous ? et dans quel but ?“
Baba raconta que son bâton avait perdu son pouvoir et qu’il ne pouvait plus guérir de malades. Un oiseau messager était venu lui dire qu’il devait marcher jusqu’à la contrée où le bâton prendrait racine, alors il retrouverait son pouvoir.
Les disciples le supplièrent de les laisser l’accompagner dans ce voyage que l’hiver rendait si périlleux.
Chemin faisant, ils passèrent le minaret de Djam qui servait de repère pour les caravanes parcourant la route de la soie. Mais en hiver il n’y avait pas âme qui vive !
Nourris de quelques poissons de la rivière d’Ariroad, ils continuèrent leur chemin en traversant le pont…Qui s’écroula sous le premier pas !! Comment traverser cette rivière tumultueuse ? Les disciples supplièrent le maître de fendre les flots avec son bâton. Mais le bâton n’avait plus aucun pouvoir ! Ils furent obligés de faire un long détour.
La nuit commençait à tomber et la température chutait. Les disciples se réfugièrent dans une grotte mais il faisait trop froid ! Baba Yakhsoz leur ordonna de marcher pour se réchauffer.
Ils arrivèrent dans la vallée de Bamian, quelques lumières venaient de pauvres maisons.
Le maître envoya ses disciples chercher du bois auprès des habitants mais ceux-ci ne pouvaient guère leur venir en aide.
Affamés, grelottants, désespérés, ils étaient sur le point se laisser mourir, seul le bâton du maître restait à brûler.
Alors que Baba Yakhsoz s’apprêtait à le briser il remarqua qu’il avait pris racine !
Il ordonna à ses disciples d’aller chercher beaucoup de blocs de glace. Les touchant de son bâton, il y mit le feu !! ! Joyeux les habitants accoururent prendre de la braise et chauffer leurs maisons.
On lui bâtit un temple, Ziarat Pir-e Yakhsoz, où il vécut tranquille entouré de ses disciples jusqu’au jour où l’oiseau messager revint lui rendre visite…
Partenariat :
ICONEM et DNMADE Estienne novembre 2022
Commissaires musée Guimet
Nicolas Engel, conservateur des collections Afghanistan – Pakistan, MNAAG
Sophie Makariou, commissaire générale, conservatrice générale du patrimoine

